nouvelle(s)

Vendredi 18 septembre 2009
plusieurs lettres simples et cartes postales
timbrées au tarif de leur poids au centième de gramme près
postées de juin à septembre
toutes ne sont encore jamais arrivées
...

avez-vous des nouvelles de la Poste
par les nébuleuses voies postales ?...
Par katia jaeger
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Jeudi 21 mai 2009


La place des Muses, pelée à l’esthétique du vide, prend la chaleur de plein fouet.

Le promoteur immobilier qui a organisé l’ouvrage n’a pas été effleuré par la dimension de service que rend le métier d’urbaniste. Il a coulé son béton armé et posé dessus quelques plaques commémoratives en souvenir du temps passé.

Les temps sont aux excès de vitesse, à l’espèce d’économie pour l’espace à dépecer.

Les vieux du quartier regrettent les arbres, les bancs, les amoureux qui offensaient les parangons de moralité assidus vers l’objet de leur obsessionnelle curiosité.


Les vieux regrettent. C’était bien cette époque où les choses de la nature venaient par endroits cacher, par d’autres révéler la complexité de la grandeur humaine.
Il y avait de la vie sur cette place à présent muselée par le vide.

Aujourd’hui, personne ne peut plus se planquer derrière un arbre sur la Place des Muses.
Et à cette heure même, elle est neurasthénique dans son asthme caniculaire.
La vieille fontaine reste immuable : crachant ses jets de bains de bouches
qui servent de douches à bains de pieds quand vient l'été.
Les terrasses de café qui la côtoient sont bondées.

À cette table, voici Éthan et Nathan. Ils sont amis quasi-jumeaux.
Unis depuis ces heures laiteuses, promises aux premiers souvenirs possibles, qui durent toute une vie.
Ils se connaissent depuis toujours.
Leurs mères ne cessent encore d’en plaisanter, mais les souvenirs qui sont les leurs sont venus juste après.

Une mère est souvent éprise de convulsions romanesques dès lors qu’elle parle de son enfant.
C’est une des raisons pour laquelle les enfants doivent quitter leur mère. Pour grandir, se démentir, même très lentement.

Ce qu’ont fait tardivement Éthan et Nathan.

L’un, Nathan, est délicat, mince et très pâle, il savoure un thé avec toutes les phalanges de ses deux mains.
C’est joli à voir et il s’applique machinalement à ce que ce soit beau à regarder.

L’autre, Éthan, est charpenté dans une matière brute plein poils, un peu bourru.
Il emprunte des gestes brusques, presque virils quand lui vient de faire, de dire, d’attraper.

En réalité c’est le plus sensible des deux : quand il s’agite à mastiquer nerveusement ses angoisses par nombres entiers, on sent qu’il cogite dur à la seule odeur de ses pieds.

Les liqueurs humorales prennent vite le relais de ses flux électriques.
Tout son être est ainsi compact à l’émotion pour traduire en quasi simultané les chemins parcourus de l’émotivité.

Comme il chauffe dru sous les aisselles, il y va de l’intérêt communautaire que la journée, chaque jour répétée, ne devienne pas une circonstance aggravante dès dix heures passées.

Nathan, qui a toujours le sens des proportions, explique alors à Éthan qu’il conviendrait de préférer des tee-shirts blancs au lieu de les choisir colorés.
De les changer parfois, aussi.
Le sel des aisselles prend des naufrages circulaires en épaisseurs régulières qui peuvent, parfois, lui dit Nathan, différer ses affaires.

Éthan veut être amoureux :
il est prêt, dit-il, mais le voeu ne s’exauce pas.
Longtemps amoureux de Rose.
Puis, elle est partie pour réfléchir.

Cinq ans qu’elle réfléchit.

Il était fou d’elle.
« Quand Rose advient, j’en perds mon latin »
confiait-il toujours à Nathan.

Nathan poursuivait à préciser
qu’advenir s’emploie peu pour quelqu’un qui vient,
même à l’improviste.
Revenir, en ce cas, serait plus adapté.

Quoiqu'il advienne
survient encore souvent le souvenir de Rose qui point ne revint.



Le sol, chauffé à blanc par un soleil sans pitié, prend les voies de contagion pour contaminer le plastique des sandales d’Éthan.

Une sorte de vertige.

Nathan, à force d’amitié, est habitué. L’air manque sur la Place des Muses.
L’air, éconduit ici, est capturé de l’autre côté, il circule pleins vents sur le fleuve, mais pas sur la place...
Une dame demande joliment s’ils peuvent se décaler un peu sur la terrasse, prendre une place à deux, pour libérer celle de quatre qu’ils occupent depuis trois heures, en cette période frénétique de tourisme débridé.

La coquette dame a un bref recul au mouvement d’Éthan.
Si Nathan comprend, Éthan a cette fraîcheur encore juvénile d’être bien né : amical, sociable et bien élevé.
Tout mêlé à lui-même depuis un bon moment, son sens olfactif s’est éduqué à son intime familiarité.
Il ne se doute, en aucune manière, à quel point il peut troubler.


(...)

Partir.
Il fait plus de quarante degrés. À ne plus pouvoir tenir, sauf si l’on est d’Europe du Nord ou du Texas, équipés d’appareils optimisés, aux petits cris électroniques qui avertissent du rebours menaçant d’un game over, que viennent rassurer les pintes de bière.

La fraîcheur d’une cathédrale, à deux pas.
Son eau bénite, le ventre des bactéries est toujours plein, qui console les fièvres les plus ardentes.
Les amis s’unissent à la migration.
Les langues de plastique ont mutilé les pieds d’Éthan.
Se déchausser, mettre les objets de torture dans une poubelle municipale.

Pieds nus, il pénètre dans la cathédrale.
Nathan le suit sans perdre trace de son ami.
Le silence humide de la bâtisse, sa pénombre, ses bijoux de vitraux, tout conspire à la paix, au calme, au repos.

Le coeur bat moins vite. Les autres ont disparu, même si les touristes se succèdent nombreux.

Tout est calme, ralenti.

Il est toujours ainsi de l’enclave du silence qui communie avec l’esprit, même au coeur d’une foule, même athée, au sein des églises.
Les verticalités religieuses, dans l’érection de leur austérité, ont toujours eu sur l’Homme ce même principe de tranquille solitude et de sollicitude tranquillisée.
Infiniment rassuré.

Fourbu par une chaleur qui compte double pour un tel homme, Éthan s’effondre sur un banc, s’immobilise, presque à s’endormir. Nathan à ses côtés remarque que son corps lourd ne diffuse aucun effluve.
S’est calmé.

Il fait bon frais.

Des frissons de légers souffles glacés viennent même dresser la chair, la rendre plus visible, la chahuter. L’instant dure longtemps en somnolence.
Il y a parfois des mouvements d’air pur, aux circulations de profundis, comme dans une cave.

Soudain, un choeur de vieilles vierges monte par petits chants d’harmonie et s’envole en un corpus magistral, venant arracher les deux amis à leur torpeur mystique.





C’est à cet instant, ou juste après, que tout s’est emballé à s’éclaircir.
L’humeur des choses a changé de caractère. L’atmosphère a changé d’odeur.
Cette odeur : de prairie, d’herbes au jus tendre, de fleurs à bulbes narcissiques.
Un printemps en plein air dans la cathédrale.

Les dévots ont le flair fin, sans doute parce qu’ils sont purs, parce qu'ils sont sains.
Ils parviennent à comprendre d’emblée, presque par l'instinct d'une une seconde nature « Qui », parmi les foules compactes de prophètes improvisés, dans le grand bazar des aruspices présumés, est le fils que Dieu, de tous ses fils, vient de désigner.

Il s’est produit exactement ceci à cette heure-là :
Une nuée de fidèles s’empare de la traverse du banc d’Éthan.

Une congrégation de cent dix-huit Clarisses fixées dans un même sourire partagé, précédée par sept éminences du tribunal jésuite.

Douze enfants cyanosés de bleu marine accompagnés de leurs parents bien droits, haut perchés. Quelques touristes d’Europe du Nord et du Texas venus là se rafraîchir, se hasarder.

Tous d’un même élan venus en cercle vers Éthan, étonné.
Ils se succèdent, les uns aux autres, pour lui baiser les pieds.
Surpris, puis, gêné, prenant peu à peu goût à l’exercice.
Amusé.

Ce jour-là, à cette heure-ci, dans le silence liturgique et la fraîcheur abyssale du solennel refuge, loin de l’enfer libéré entre ciel en bleu de chauffe et sol brûlé, le miracle a eu lieu.
Devant témoins, Dieu choisit Éthan.

Depuis, pieds nus, Éthan marche sur l’eau.
Il flotte à même le fil des flots baptismaux de la place des Muses,
où musardent les amoureux de leurs voeux par deux.
affluent les curieux, les podologues, les badauds.
se prosternent les superstitieux, les aspirants au miracle, les escrocs venus du monde entier.
s’agglutinent les touristes pour s’offrir une sainte fiole de jus de pieds parfumé.

La place des Muses où sont revenus, amusés tous les vieux du quartier.



novembre 2007

Publié dans Mercure Liquide,
revue littéraire et graphique
#8 (janvier 2008)




Par katia jaeger
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Lundi 6 octobre 2008
BALEINE
de Paul Gadenne

Éditions Actes Sud
/ "un endroit où aller"

Paul Gadenne (1907-1956)
Ecrivain, poéte et dramaturge.




Un cétacé frappé de cécité, s’échoue ...



Extrait d’un (très) court chef-d’oeuvre :

  • " Nous étions plusieurs à nous être réfugiés là, dans ce petit coin où nous pensions pouvoir être oubliés, et nous restions écroulés sur le velours, dans un luxe bizarre de cristaux et d’appliques, nous protégeant, derrière une tenture à emblèmes – elle-même détachée de ses embrasses et à peu près effondrée –, d’un excès de fumée et de mauvais disques, espérant l’incident qui nous donnerait la force de nous éloigner, ou attendant, peut-être, qu’on nous annonçât une lueur sur la mer. Car les plus courageux avaient gagné la terrasse, où ils demeuraient étendus, la joue presque couchée contre la pierre, tandis que nous continuions à nous épier mutuellement, entre ces parois feutrées, dans cet état de soumission animale et un peu sournoise d’où l’on descend si volontiers vers le sommeil.
  • Soudain, comme nous disparaissions de plus en plus dans nos coussins, une personne que nous avions à peine remarquée jusque-là se rapprocha de notre petit cercle d’endormis, et, imaginant de nous étonner, nous demanda si nous avions entendu parler de la baleine."


  • Nouvelle publiée la première fois en 1949.
Par katia jaeger
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Dimanche 13 janvier 2008
Image-1.png # 8
MERCURE LIQUIDE

Lancement
Mercredi 23 janvier 2008


Une de mes nouvelles
Odeur de sainteté
y est publiée

Voir le programme et les extraits du numéro 8
 www.mercureliquide.com
Par katia jaeger
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