Samedi 24 mai 2008
À l’attention de Monseigneur Ben de Vatic
Éminence suprême de l’Ordre Mondial* (*since deux-cents décennies)
Bâtiment F, Écrou 8, Couloir B, ascenseur A2, Encensoir 13, Étage -10, Suite Impériale.
Bonjour Ben,
En espérant que tu pourras dégager quelque préférence de ton temps à l’étude de ma requête, tout en réclamant ton indulgence quant à ce que j’estime être une urgence prioritaire et qui peut s’avérer (sous les lambris vernis de tes quartiers) être l’accessoire éhonté qui divertira, certes, mais avec grand dommage les ors qui te sont partout comptés : ton temps, ton esprit, ta volonté, ta pugnacité investis de mission divine et la clarté de tes jugements.
Ce que je réclame peut être, en effet, culoté.
Mais, puisque tu as été l’élu, choisi, désigné, c’est en toi que je crois pour reconnaître la pleine nature de ce Que je suis pour Qui je dois être.
Mon manque apparent de modestie en apostrophe n’est pas (tu le noteras plus loin dans ces lignes) une offense à ta sublimissime posture, Ben. Ni une méprise à ton temps universel.
Juste l’imploration d’une femme simple, avérée par deux fois mère, à l’issue de visitations, fortement émue, comblée par cet état de grâce et cependant demeurée vierge.
Pure, immaculée dans l’antre mystérieux de sa chair.
Jamais, il ne s’est produit, de mon fait, un seul émoi. Jamais je n’ai eu à agacer le démon par sudation, ovulation ou séduction (même malgré moi, que je dusse trop, partout et entièrement devoir me vêtir comme Madonna). D’élever des stèles instantanément, de dresser des monuments à tout moment : jamais (ci-joint ma photo prise ce matin-même).
Et donc jamais de consoler ce que j’aurai provoqué, de satisfaire le pauvre hère que j’aurai égaré, jusqu’à ce qu’il en vienne à la rupture d’une jouissance animale inopinée.
Jamais.
J’aime la petite nature, le maniérisme délicat des hommes (leur goût pour la peau douce, pour la dentelle, pour les Barbies, les porte-jarretelles) et jamais je n’aurai, je te le confesse ici, eu un moindre mot, un moindre voeu à les taquiner, les transgresser, les saborder, les exagérer.
Jamais les exciter pour les réduire victimes de leurs hormones : que l'on décrit depuis des siècles, si faibles et fragilisées, comme la procédure infléxible de la première fatalité.
Et, de tous ces « jamais », naquirent mes fils. (Magnifiques : ci joint les 6 729 photos).
Et parfois sous l’emprise du besoin de me confier, j’ai confessé que je « n'ai jamais rien fait / n’y ai jamais touché ».
Mais, l’inquisition du regard de mes confidents est éloquent (surtout des plus pieux, des plus fervents). C’est effroyable, c’est effrayant.
Et quand j'évoque la Mère de Lui ; notre mère à tous, la première Lady depuis nos siècles de clarté, ils me déploient un truisme communautaire : « c’est une blague / un divertissement créé avant Hollywood pour remplir les névroses du peuple, pour fabriquer des effets spécieux, pour un mensonge à sublimer ».
Ce qui m’atermoie à mon ultime désarroi.
Personne ne me croit.
Ce qui d’acquis s’acquiert encore : le corps au corset du moindre mal, serré à l’absence de ma féminité, contrite à tout instant. Toute à ma mission (la grande, la Vraie) de mon corps sale à nettoyer, à récurer chaque jour. Tu sais, ce corps regrettable duquel naissent les hommes, l’humanité.
Duquel toi-même tu es né, Ben.
Je procède aux ablutions, à l’ablation de mes sucs tentateurs, mêlés d’amande et de musc, je gomme au mieux mes quelques rondeurs et l'appétit de mes ardeurs.
Je soigne les pieds qui me portent, mes bras qui chérissent, les seins qui nourrissent.
J’éteins le reste. Les restes.
Avec une sorte de science désormais maîtrisée par le nombre de mes années, je sais que je suis une femme équilibrée : j’obéis à tous les régimes de corps et d’esprit pour être salubre et satisfaire toute satiété. J’aime penser que je peux penser que je suis du bon côté : au bon endroit pour agir pleinement, en toute bonne conscience, et être fière de moi chaque matin, à tout instant de mes journées.
Je fais le bien partout et je pense être de moi, le plus haut rang d’exemplarité.
Je suis heureuse, Ben. Et pure.
Je suis une femme bien. Vraiment très très bien : je mange bio (ou assimilé), je milite pour le bon sens, je suis née du bon côté, je n’ai jamais frayé, j’aime la vie et ses occupants. Je sais que mes idées (parfois un peu encanaillées par des passions) sont ici prises au premier degré : jamais je n’ai eu à me plaindre d’être prise au sérieux : d’être maltraîtée, menacée.
J’aime les courgettes et les enfants opprimés dans une même matinée, sans aucun effort à exaucer entre ces deux pôles de compétitivité.
Cette facilité est compatible à mon image, accessible à mes idées : celà me sied.
Je peux même prétendre que, lisant des livres qui me plaisent, je suis une intellectuelle.
Avec deux ailes.
Mes amis sont tous cosmopolites, en tous points très différents, différemment colorés et j’aime dire que je les aime ainsi (entendu qu’ils ont sans doute de la chance d’être aimés par moi, si émérite en mon statut de nantie qui peut et sait choisir).
Je suis une femme en paix. Candidate pour un choix d’excellence pour le soin de ton élection.
Et si mes fils m'ont faite mère, c'est à toi (à présent) de me faire sainte.
Pour une sorte de postérité éternelle, si possible....
Je te sais gré de me prendre en haut de la pile et de me favoriser assez vite pour le sanctuaire des femmes historiques, mon cher Ben.
Tu trouveras ci-joint, copie du résultat de mon dernier examen gynécologique.
Je te forme ici mes plus respectueux respects.
À très bientôt de t’entendre, de te lire.
----------------------sans transition---------------------
Post Scriptum : Mon dernier fils (7 ans à peine) a choisi pour le cadeau de la fête des mères une nuisette noire et rouge et (au hasard) un livre de Schopenhauer (et c'est vrai ! ça craint, docteur ?) et son père de lui dire "on va prendre autre chose, maman elle aime le blanc aussi..." ....
Suspense.........
Suite tout bientôt !
Je souhaite une très bonne fête à tous les enfants du monde : sans lesquels toutes les mères ne seraient pas ce qu'elles sont.
Éminence suprême de l’Ordre Mondial* (*since deux-cents décennies)
Bâtiment F, Écrou 8, Couloir B, ascenseur A2, Encensoir 13, Étage -10, Suite Impériale.
Bonjour Ben,
En espérant que tu pourras dégager quelque préférence de ton temps à l’étude de ma requête, tout en réclamant ton indulgence quant à ce que j’estime être une urgence prioritaire et qui peut s’avérer (sous les lambris vernis de tes quartiers) être l’accessoire éhonté qui divertira, certes, mais avec grand dommage les ors qui te sont partout comptés : ton temps, ton esprit, ta volonté, ta pugnacité investis de mission divine et la clarté de tes jugements.
Ce que je réclame peut être, en effet, culoté.
Mais, puisque tu as été l’élu, choisi, désigné, c’est en toi que je crois pour reconnaître la pleine nature de ce Que je suis pour Qui je dois être.
Mon manque apparent de modestie en apostrophe n’est pas (tu le noteras plus loin dans ces lignes) une offense à ta sublimissime posture, Ben. Ni une méprise à ton temps universel.
Juste l’imploration d’une femme simple, avérée par deux fois mère, à l’issue de visitations, fortement émue, comblée par cet état de grâce et cependant demeurée vierge.
Pure, immaculée dans l’antre mystérieux de sa chair.
Jamais, il ne s’est produit, de mon fait, un seul émoi. Jamais je n’ai eu à agacer le démon par sudation, ovulation ou séduction (même malgré moi, que je dusse trop, partout et entièrement devoir me vêtir comme Madonna). D’élever des stèles instantanément, de dresser des monuments à tout moment : jamais (ci-joint ma photo prise ce matin-même).
Et donc jamais de consoler ce que j’aurai provoqué, de satisfaire le pauvre hère que j’aurai égaré, jusqu’à ce qu’il en vienne à la rupture d’une jouissance animale inopinée.
Jamais.
J’aime la petite nature, le maniérisme délicat des hommes (leur goût pour la peau douce, pour la dentelle, pour les Barbies, les porte-jarretelles) et jamais je n’aurai, je te le confesse ici, eu un moindre mot, un moindre voeu à les taquiner, les transgresser, les saborder, les exagérer.
Jamais les exciter pour les réduire victimes de leurs hormones : que l'on décrit depuis des siècles, si faibles et fragilisées, comme la procédure infléxible de la première fatalité.
Et, de tous ces « jamais », naquirent mes fils. (Magnifiques : ci joint les 6 729 photos).
Et parfois sous l’emprise du besoin de me confier, j’ai confessé que je « n'ai jamais rien fait / n’y ai jamais touché ».
Mais, l’inquisition du regard de mes confidents est éloquent (surtout des plus pieux, des plus fervents). C’est effroyable, c’est effrayant.
Et quand j'évoque la Mère de Lui ; notre mère à tous, la première Lady depuis nos siècles de clarté, ils me déploient un truisme communautaire : « c’est une blague / un divertissement créé avant Hollywood pour remplir les névroses du peuple, pour fabriquer des effets spécieux, pour un mensonge à sublimer ».
Ce qui m’atermoie à mon ultime désarroi.
Personne ne me croit.
Ce qui d’acquis s’acquiert encore : le corps au corset du moindre mal, serré à l’absence de ma féminité, contrite à tout instant. Toute à ma mission (la grande, la Vraie) de mon corps sale à nettoyer, à récurer chaque jour. Tu sais, ce corps regrettable duquel naissent les hommes, l’humanité.
Duquel toi-même tu es né, Ben.
Je procède aux ablutions, à l’ablation de mes sucs tentateurs, mêlés d’amande et de musc, je gomme au mieux mes quelques rondeurs et l'appétit de mes ardeurs.
Je soigne les pieds qui me portent, mes bras qui chérissent, les seins qui nourrissent.
J’éteins le reste. Les restes.
Avec une sorte de science désormais maîtrisée par le nombre de mes années, je sais que je suis une femme équilibrée : j’obéis à tous les régimes de corps et d’esprit pour être salubre et satisfaire toute satiété. J’aime penser que je peux penser que je suis du bon côté : au bon endroit pour agir pleinement, en toute bonne conscience, et être fière de moi chaque matin, à tout instant de mes journées.
Je fais le bien partout et je pense être de moi, le plus haut rang d’exemplarité.
Je suis heureuse, Ben. Et pure.
Je suis une femme bien. Vraiment très très bien : je mange bio (ou assimilé), je milite pour le bon sens, je suis née du bon côté, je n’ai jamais frayé, j’aime la vie et ses occupants. Je sais que mes idées (parfois un peu encanaillées par des passions) sont ici prises au premier degré : jamais je n’ai eu à me plaindre d’être prise au sérieux : d’être maltraîtée, menacée.
J’aime les courgettes et les enfants opprimés dans une même matinée, sans aucun effort à exaucer entre ces deux pôles de compétitivité.
Cette facilité est compatible à mon image, accessible à mes idées : celà me sied.
Je peux même prétendre que, lisant des livres qui me plaisent, je suis une intellectuelle.
Avec deux ailes.
Mes amis sont tous cosmopolites, en tous points très différents, différemment colorés et j’aime dire que je les aime ainsi (entendu qu’ils ont sans doute de la chance d’être aimés par moi, si émérite en mon statut de nantie qui peut et sait choisir).
Je suis une femme en paix. Candidate pour un choix d’excellence pour le soin de ton élection.
Et si mes fils m'ont faite mère, c'est à toi (à présent) de me faire sainte.
Pour une sorte de postérité éternelle, si possible....
Je te sais gré de me prendre en haut de la pile et de me favoriser assez vite pour le sanctuaire des femmes historiques, mon cher Ben.
Tu trouveras ci-joint, copie du résultat de mon dernier examen gynécologique.
Je te forme ici mes plus respectueux respects.
À très bientôt de t’entendre, de te lire.
----------------------sans transition---------------------
Post Scriptum : Mon dernier fils (7 ans à peine) a choisi pour le cadeau de la fête des mères une nuisette noire et rouge et (au hasard) un livre de Schopenhauer (et c'est vrai ! ça craint, docteur ?) et son père de lui dire "on va prendre autre chose, maman elle aime le blanc aussi..." ....
Suspense.........
Suite tout bientôt !
Je souhaite une très bonne fête à tous les enfants du monde : sans lesquels toutes les mères ne seraient pas ce qu'elles sont.
Bourgois Sutherland2006
Photographie: Marie Allain
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