Erzavkabum

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totem

Publié par katia sur 25 Novembre 2011, 10:03am

Catégories : #icône

Grandir n’était pas œuvre aisée pour une petite fille aussi sensible.

C’était une épreuve à la fois exaltante et terrifiante. 

Il fallait braver l’incertitude avec l’espoir d’en trouver une petite pépite de sens.

 

J’avais huit ans quand j’ai rencontré mon animal totem, qui deviendrait tuteur de mes courages par la force de ses encouragements.

 

Il est venu un soir quand, à mi-chemin entre mes questions et le sommeil, je vis apparaître son énorme tête.

Son œil s’approcha du mien. Je distinguais nettement sa pupille d’encre dans son iris d'ocre brun.


Je sentais son odeur comme je vous vois.

Je sentais sa chaleur comme je respire.

 

Je ne vous cache pas que j’ai eu peur qu’un tel animal se soit approché si près, presque peau à peau de la maigre mienne.

Nos regards accrochés, ensembles noyés de l’autre.

Par ses naseaux, une vapeur de vie, une buée d’énergie m’a soulevée, enveloppée.

J’entendais son cœur battre lourd, profond et calme.

Comme sont les chants qui apaisent les enfants.


J’ignore le temps que cet instant a duré. Je sais qu’il m’a marquée à jamais. 

C’était sauvage, élégant, puissant et raffiné.

L’animal est reparti ; resté en moi, depuis.

 

Un taureau.

Il aurait pu appartenir à Cocteau ou à Picasso.

Mais je n’avais pas encore l’âge de l’Eros.

Et, à y bien réfléchir maintenant, il n’était pas domestique, ni capturé d’enclos, d’encre ou de papier, ni même d'une fable de Psyché.

Il était sauvage. Ainsi venu et reparti. Librement en moi ancré.

 

Plus tard, bien plus tard, on m’offrit un merveilleux livre sur les indiens d’Amérique.

Des portraits photographiques centenaires aux sépias si délicats. Je parcourais chaque figure de chaque tribu.

Quand, saisie, je l’ai reconnu. La familiarité instantanée tenait lieu de parenté.

Il est impossible de traduire une telle fulgurance.

Les mots sont par trop faits, souvent, pour devoir convaincre les sceptiques.

 

Sitting-Bull, l’homme-médecine.

Aucun doute possible que son fantôme, son esprit m’a appris à comprendre pour m’aider à grandir. 

Je sens encore son odeur, un effluve de Rocabar, fauve et paternel, quand il vient prendre soin à soigner mes fièvres. 


Par la voie des airs, qu’emprunterait un Hermès facétieux,

le vieil homme me veille encore sur son Pégase de brume.coiffe-longue-amerindien.jpg 

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