Etzivakibarum

Isthme

30 Mai 2013, 18:15pm

Dans la chambre noire de la mémoire, il existe deux grandes alcôves.

L'une convexe, l'autre concave.

Les alcôves des Souvenirs se font face.

 

Dans la concave, les souvenirs réels, tels qu'il a eu lieu d'avoir été : qu'ils aient existé.

Dans la convexe, les souvenirs implantés, qu'on ne sait d'où, sont venus là s'aliter.

Elle, elle a l'oeil d'un miroir de sorcière.

 

La première vérifie sans cesse par elle-même l'état d'une émotion, d'une réalité, d'un événement gardés intacts. Pour ainsi dire réveillés en l'état ; on retrouve immédiatement le degré même de la sensation éprouvée, la même intensité. Qui ne disparait pas.

 

La seconde est plus dérobante. Elle recourt à d'autres méthodes, elle fabrique de l'émotion.

Elle fabrique l'illusion, elle ne crée pas.

Elle engage une situation (plausible, dans l'absolu) de sorte à ce que l'on se l'approprie, au point de s'y identifier.

Elle impose une notion de vécu même si en termes de lieu, de date, d'âge, d'espace, de personnes, d'actes et de faits, même si par le témoignage d'autres souvenirs, c'est impossible.

 

Souvent, les souvenirs implantés occupent l'autre alcôve, en face. S'y allaitent.

Souvent pour des raisons d'héroïsme, d'érotisme et d'égotisme (parfois les trois mêlés).

Alors, il arrive un moment où surgissent malentendu, confusion, méprise, désordre, par ce petit colonialisme d'occupation envahissant.

 

Les faits sont factuels. Ils sont cruels et doux d'être factuels.

Ils ne s'encombrent pas au désir de nous arranger, ils ne servent pas l'aubaine, ni la déveine de propos mensongers. "Qu'on y était", alors qu'on n'y était pas, ce que "l'on était", alors qu'on était rien ou pas comme ça. Ils ont eu lieu pour eux-mêmes, tels que.

 

Se garder de la mémoire du souvenir d'un autre. Ça risque d'être élogieux, sympathique, sulfureux, drôle, épique. C'est quelque part assez dramatique.

 

Je regarde ce jeune homme que son père accable de souvenirs. Trop de souvenirs, à vrai dire.

Lui léguant une poisse énorme, le chargeant de missions sous la parure du rire (belle invention...).

 

Une forme de niaiserie à se disculper, faire coupable son fils ; comme une loi tacite de transmission. Lui transmettre, l'air de rien, ce qu'il aurait vécu (le père), sans rien comprendre (le père, donc). Faire coupable son fils de ne pas se souvenir, de ne pas se souvenir ainsi, par l'ordre du père.

 

Il existe des "guides" d'un genre nouveau, les psychogénéalogistes, hères New-Age mimant le Saint-Esprit qui labourent dur sur le déterminisime familial (bon filon). De recoudre les liens, de Père en Fils, d'en découdre avec le sort.


Ils travaillent sur un matériau faits d'absents, de non-dits, de on-dit, de secrets, de silences, de mensonges, de morts à crédit. 

Sur un matériau fait de légendes et de mythes, pas grand chose en somme, pour des vivants en peur de réel, à (re)faire l'histoire de fragments et de morceaux partiels, où s'exergue finalement le besoin d'héroïsme, d'érotisme, d'égotisme.

 

C'est dans l'air du temps.

 

Isthme

 

 

 

Tranche de Café. Un père, un fils.

Le père prend une certaine place - l'occupe, ne la lâche pas.

 

On comprend vite que le fils n'avait pas encore l'âge des conneries de son père.

On comprend vite que même présent, le fils n'existe pas.