Etzivakibarum

hypnôs

8 Novembre 2012, 00:13am

Publié par katia

 

 

Raconter sa vie n'a pas véritablement grand intérêt et cependant profiter de cet espace pour exprimer qu'un peu ... j'ai peur. Pour ceux qui ne le savent pas encore ... je me fais donc opérer demain.

 

Je rentre à la clinique à 7h15, je passe la première sur la planche à scalper, et je devrai - si tout va bien, dormir dans mon lit le soir-même. Vous pouvez éventuellement penser à moi, entre 7h15 et 9h00, heure locale française (consultez le tableau des fuseaux horaires si vous êtes à l'étranger). 

 

C'est tout à fait bénin, mais le recours à l'anesthésie générale est nécessaire.


C'est là qu'intervient l'objet précis de toutes mes peurs hémisphériques, concentrées en une pelote d'angora érectile, tandis que l'autre pendant de moi (aux penchants vitalo-optimistes) me dit "arrête donc de t'injecter du fiel de trouille entre les oreilles, ça va rouiller tes circuits touristiques".

C'est que je ne suis pas d'un naturel aveuglément confiant et je ne m'en remets pas à l'autre spontanément. Je ne suis pas une fille facile : je n'échange pas mon malabar dès le premier soir. Encore moins dès le matin, avec des inconnus sous un phare électrique.


J'ai donc, en vertu de la procédure habituelle, rencontré le médecin anesthésiste qui à ma question m'a effectivement confirmé que l'injection était létale à proportion égale, en statistiques, que de me faire écraser par un camion. Le docteur sait parler aux femmes, et sans ambage rassurer sa patientèle.


Il a écouté mon coeur, ma tension, mes organes, devant, derrière, puis nous nous sommes salués courtoisement ; une poignée de mains aussi joyeuse qu'une poêlée printanière, comme en sont capables les médecins. Ensuite, quelque chose d'irrépressible a fait que j'ai lu le document qu'il m'a confié que je le confie à l'une des assistantes des médecins anesthésistes de la clinique, qui elle-même l'a confié à l'une des autres assistantes des médecins anesthésistes de la clinique (apparemment ils ne se fréquentent pas directement entre eux, la distance est trop longue, et doivent observer un tas de rituels intermédiaires). La passation du document s'est tenue en quelques secondes, mais j'ai eu le temps de le lire et de capter un mot de huit lettres, cinq consonnes et trois fois la même voyelle : "propofol".

 

Alors, et bien malgré moi, quelque chose de profond s'est soudainement rappelé que l'elixir avait défunté Michaël Jackassonne. Plongé dans son coma de Centaure, s'est pas réveillé. Il est vrai que je ne suis pas dans le même état de santé, ni dans le même état d'esprit et que la dose ne sera pas vétérinaire.

 

Mais pour satisfaire aux lois statistiques, il faut bien que quelques exceptions se dévouent ... en pourcentage accidentel*.


Si je n'écris pas ici d'ici à lundi c'est que je serai absente durablement de ne m'être pas réveillée. J'aurais vécu heureuse, très heureuse même. Même dans mes pires moments, il y aura toujours eu ce petit orchestre intérieur aux notes duquel je me suis accrochée. J'aurais aimé, j'ai beaucoup aimé, aussi ; tout de tout en tout de tous, sauf les salsifis.


(Ça, les salsifis je n'ai jamais pu m'y faire. Aux ris de veau, non plus.)

 

 

 

En fait, je ne me sens pas prête à danser Billy Jean avec Bambi, 

- ni par Propofol, ni en compression de César sous un camion -.


 

 

* Le 19 octobre, je recevais 212 grammes

de dossier pour l'intervention ...

 

"Plein de questions.

Je ne peux pas y répondre.

Je n'ai jamais consulté de diabétologue insulaire,

ni un cardio-vascuraliste,

ni un cholestérique,

ni un allergologue visionnaire

(qui saurait, sans que je le sache,

quelles sont les allergies mortelles

auxquelles je peux être sujette).

Le tout ficelé dans un tas de décharges à signer pour protéger la clinique et ses praticiens ...

La littérature de leur assurance / de leur politique sécuritaire est plus anxiogène

que l'idée de l'acte lui-même."

 

 

 

Sinon, à part ça, tout va bien.