Etzivakibarum

Festival de Caves (suite)

29 Mai 2013, 09:55am

Extraordinaire festival


 

Rencontres merveilleuses, naturelles, vivantes, spontanées. En partage.

Des personnes magnifiques, sensibles, pudiques, profondes, joyeuses.

En mouvement... pleines de leur dedans, riches de leurs dehors, des nourritures intenses qui prennent corps.


Hier soir, pour l'ouverture de la session à Lyon, "Mémoire d'une robe rouge" d'après les textes de Caroline Lamarche (La mémoire de l'air) et d'Olivier Cadiot (Un mage en Eté), par et avec Anne-Laure Sanchez, dramaturge et comédienne.


J'y reviendrai plus tard. Pour l'heure, époustouflée.

Epoustouflés, c'est que nous avions d'être, là, au fond du corps.

Heureux d'un tel cadeau.


Reprendre souffle, donc.

 

 

Cette nouvelle génération d'auteurs, de comédiens, de metteurs en scène, de musiciens, représente un état d'esprit, qui oeuvre déjà à toute la noblesse de l'art théâtral sur les nouvelles scènes contemporaines. 

La personnalité de chacun est l'incarnation d'une sincérité inédite.

C'est positivement stupéfiant de fraîcheur.

 

 

 

 

 

 

Extrait d'Un mage en Eté, d'Olivier Cadiot (P.O.L. 2010)

 

(•••)  

"Est-ce que ça existe un mage sans magie? Je poursuis, un mage dans un cube blanc.
Sage comme une image.
Silence.
Mais, on ne peut pas dire quelque chose et l'expliquer en même temps. On dit aussi que certaines choses doivent être dites et d'autres chantées.
Expliquer, dire, chanter et nager en même temps, ça fait du monde.

Elle ne m'écoute pas.
C'est là que je suis heureuse, poursuit-elle, comme si je n'avais rien dit.
Et, comme un enfant qui, sans le savoir, dessine une scène dans un papier trop grand, je pense, qui, comme dans un rêve, condense plusieurs scènes, c'est dans ces méandres que se déplie et se dégage quelque chose.
Je pense et je lui dis tout ça en même temps.
Elle a l'air de comprendre.
C'est nouveau.
Il y a des dimensions de l'espace enroulées dans les autres, me dit-elle en déployant ses doigts, une feuille de papier, 2, c'est facile, roulée très serrée, une ligne, en fait c'était une ligne, une dimension en plus.
Essayez avec 4 !
Et comment repassez-vous vos chemises, eh bien comme ça en deux dimensions, elle imite un fer à repasser. Et ça, montrant la tranche du tissu ? Vous repassez ça ? Cette dimension-là, vous Y pensez ?

Et avec moi hein?
Avec tous mes plis.
Ça en fait des dimensions.
Et si je bouge alors là.
C'est fou.
Non?
Je nage.
Un mage énorme et barbu se glisse dans l'eau froide.
C'est moi.
Comme on plonge un bâton dans l'eau, je m'amincis.
Je me spirale.
Je rajeunis.
Sous l'eau.
Lamantin. Comme ça.
Je suis un poisson.
Je nage.
Je rajeunis sous l'eau.
Je nage.
Vous n'imaginez pas ce que peut un corps." (•••)