Etzivakibarum

Christine A., écrivaine

28 Mars 2013, 00:19am

Publié par Faussaires du réel, fossoyeurs littéraires

Christine Angot et la vie des autres (ici)

 

 

Regarde, c'est toi. Tu es entière, constituée au semblable d'un autre, d'une autre même ou presque.

Emploie-toi à faire de toi ta matière. Regarde bien. Va au fond. Prends tout et fais-en exactement ce que tu peux parfaitement en extraire. Va jusqu'au bout, au plus profond.

Mets-y les doigts.


Tiens, prends ton sexe, à deux mains, ouvre-le, joue avec lui, fais en sorte qu'il devienne ce que tu hésites qu'il soit. Ce que tu arraches à d'autres. Chiche que tu peux avoir du plaisir en éviscérant ta viande, en lui fouillant l'Ut du plaisir. Commence par le commencement au lieu de commettre la fin.


Laisse dignes ces innocents que tu portes à l'autel de tes dérives.

Lâche donc ces coupables, tes totems tortionnaires, tes institutions du pire, tes prétextes de lâche.

Ce qui a eu lieu est déjà fait. Essaie d'innover, d'aller mieux, plus loin. Allez, force un peu.

Offre-toi une promotion. Lâche tes lions, les vrais.

 

Tu hésites. Malhonnête, peut-être.

 


Tu hésites avec toi. Tu préfères la chair des os, la peau des autres, n'est-ce pas.

Vaine, d'écrire tu n'écries rien, tu n'écris pas. Tu défèques, tu décalques, tu imites, tu ergotes, te répètes et tu le fais mal. Tu te fais mal.

Tu t'y prends comme une truie qui féroce vorace pille gloutonne et bâffre tel un vampire.

Et alors quoi ?

A l'incurable paresse de ne savoir que nuire, ivre de liqueur de lie vengeresse. Leurre du temps.


Et alors quoi ?

Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?


La posture d'une imposture sur le chemin de tes ratures, tu te planques derrière des voiles de fiel, ce loisir permissif, ton horizon sépulcral, de l'autofiction. Te planquer derrière un métier de lettres pour balancer la dépouille des absents au carnage d'un cirque.

La belle affaire.

Entre tes doigts, les bourreaux en deviennent même innocents, tes victimes.

 

Tu ne fais rien de ce que tu es, tu es seulement ce que tu fais écrivain et le pire est que ça te suffit.

 

Aie le courage, une fois dans ta vie, d'être heureuse.

De te regarder dans le fond des yeux. Un peu d'amour, un soupçon d'amitié.

Un peu de risque.


Ça vaut le coup, Christine.