Dimanche 9 mars 2008
L'envie d'écrire sur mon frère, Frantz, après près de quatre ans de silence intensif, abrasif, corrosif.

Merci ma Ju, d'avoir encore, de mon hameçon perdu en flotaison compris la mesure d'un diapason...

J'en suis, depuis tes quelques mots, en plein mouvement de vie (lui donner encore le jour) : la première fois depuis longtemps, la première depuis sa mort.

Merci encore !
Ses beaux grands yeux de pacifique, sa brillance, son humanité intacte, son charisme d'ours sage ne peuvent pas s'éteindre ainsi en l'espace d'un grand chagrin, dans l'immensité d'un long silence....

Il me voulait écrire...
Revenir à ces choses du verbe, ces sens du mot.

Il a vécu d'être encore ici, il s'est tué pour exister infiniment !
Il m'en savait gré...

J'y reviens, ainsi, depuis peu.
Merci !...
par katia jaeger publié dans : Poésie
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Commentaires

avec confiance elle prit le voile entre ses doigts et l'écarta de sa douleur
commentaire n° : 1 posté par : nadyne le: 09/03/2008 15:48:35
moi c'est mon père qui me visite, un ours lui aussi,
le souvenir de sa bedaine quand je me suis serrée contre lui pour lui dire au revoir
son corps gigantesque
et la petite tristesse coincée dans ses rides
commentaire n° : 2 posté par : judith (site web) le: 10/03/2008 10:21:48
Le voile s'écarte grandement, presqu'un seul coup, même si je sais ce qu'il a fallu de temps pour lui lâcher la main.

Ces jours sont enfin arrivés : c'est le moment de parler de lui.

D'eux.
Je pense à ton père Judith, aussi.
À un pas même un mois d'écart, chacune orpheline d'un ogre.

Ils nous reviennent doucement...
commentaire n° : 3 posté par : katia le: 10/03/2008 17:03:14
papa, mes amies les fées, je devrais dire nos
- tu m'emmenais dans les bois voir leur Pierre dont on disait dans le canton qu'elle était Druidique, et tu savais la trouver -
mes amies m'ouvrent à la compréhension du mot purgatoire
commentaire n° : 4 posté par : nadyne le: 10/03/2008 18:23:22
Un printemps de naissances...
commentaire n° : 5 posté par : katia le: 10/03/2008 19:29:04
... les tout premiers hommes de notre vie.
commentaire n° : 6 posté par : katia le: 11/03/2008 08:04:35
les premiers couteaux aussi
commentaire n° : 7 posté par : judith (site web) le: 11/03/2008 08:17:04
à blessures ouvertes
commentaire n° : 8 posté par : katia le: 11/03/2008 12:26:51
chat noir chat blanc
affection et infection
commentaire n° : 9 posté par : judith (site web) le: 11/03/2008 13:16:50
et des provisions de chagrin pour toujours, au cas où
commentaire n° : 10 posté par : nadyne le: 12/03/2008 14:15:01
et des rires aussi, de la vie partout qui met constamment au défi : d'être heureux, de pousser les portes du chagrin, du désespoir.

J'étais cette soeur, qui rassurait, trouvait moyens, bricolait des ficelles du/au quotidien pour que le soir venu soit paisible, rasséréné. Consolé.
J'avais souvent la trouille au ventre et le chaos en tête, (j'en vomissais dehors) et lui dire "je t'aime tout va bien", d'une voix basse, douce, en caressant le creux de son bras.
Il s'endormait, mon petit frère.

Je garde ça, l'énergie ensoleillée d'enfants livrés à eux-même dans un trop grand jardin dépareillé.
C'est ce qui a sauvé ce qui a pu l'être et permis d'être entier jusqu'au bout.

Lui porter cette vie intense, brûlante, constitutivement positive, frontale, têtue, incurablement sauvage, incorruptible, c'est le garder vivant au fond de mes tripes.
La mort n'y peut rien.

Et à mes fils, qui lui resssemblent tant, leur donner preuve incessante de ce Vivant.
commentaire n° : 11 posté par : katia le: 12/03/2008 14:43:56
Le chagrin est là, le tien, le tien, le mien.
Et je me dis souvent, dans la profondeur d'un mouchoir humide d'un sel chaud, que ce n'est pas la meilleure place, le juste endroit pour l'amour que je lui porte.
Je crains qu'il s'agisse pas que de lui dans mes pleurs et ça me dérange.
Le drame culturel/ontologique/théologique qu'est "d'aimer sa douleur" me violente pour ce que c'est, pour ce que ça n'est pas et ne sera jamais.

J'ai trop de respect pour toute l'histoire de la raison du dernier geste de mon frère, que ma douleur est dérisoire.
commentaire n° : 12 posté par : katia le: 12/03/2008 14:56:59
la douleur comme un réseau de fissures, le coeur comme une pierre fendue
moi, en archéologue
commentaire n° : 13 posté par : judith (site web) le: 13/03/2008 08:17:01

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