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Hiphulbe

Publié par Katia Jaeger sur 12 Octobre 2017, 07:08am

Hiphulbe

Hiphulbe est né atteint d’un pénis.

A l’instant de sa naissance, le protocole avait précipité les pleureuses professionnelles au chevet de la mère, suivies du psychologue auprès des parents du nouveau-né. Dans une chambre confinée aux murs capitonnés, et contre toute attente, Martha et Gustave refusèrent l’affliction, l’affolement des personnels soignants, des proches et de la famille. Ils refusèrent assez tranquillement les prophéties du psy– et ses curieuses procédures en cas d’indice d’un moindre soupçon de suspicion d'une menace de risque ; que leur fils se tripote la didine.

Sans doute inconscients et cependant combatifs, mus par une conviction intime et qui les liait, Martha et Gustave se sentaient forts à défier n’importe quelle prédiction. D’accueillir leur fils comme l’enfant désiré qu’il n’avait pas cessé d’être depuis 14h05GMT du 3 janvier de cette si belle année.

Leur fils ne serait peut-être pas qu'un mâle reproducteur, muni d’une réserve de l’espèce divulguée par un  appendice copulatoire, ni la bite damnée à subir une pathologie incontrôlable, vissé aux vicissitudes d’un rut sa vie durant, et durant laquelle n’importe quel prétexte viendrait justifier qu’il en foute partout, jusqu'à son défuntement.

Ni encore le prédateur cultivé, héritier des traditions glorieuses et transmissibles, enraciné dans la lignée des hormones qui ferait de lui un homme (un vrai) tel un Corse Oedipien, un Gréco-romain capricieux.

Ni encore (bis) qu’il milite de force sa farce obscure, et qu’au prix d’une longévité pénible, en dépit d’entendement, il faille aux femmes qu’elles attendent d’atteindre l’âge de Mère, quand la voix devient plus rauque, pour sortir des linges et tancer sans nuance, renvoyer sans ménagement, la face en jumeau-miroir de ses enfantillages de tyran gamin.

Bref, une vie triste clipsée au slip, proféraient les prophéties.

Martha et Gustave se persuadaient d'un ailleurs, rêvant d’autres alternatives.

[Il n’était pas totalement impossible d’imaginer –qu’en cas de °risque°, Hiphulbe puisse faire de son désir la maîtrise d’un chef-d’œuvre, un empire de sensualité élevé au rang d’un des beaux-arts. Une force de vie magistralement assumée sans la subir, sans forcément tapisser ses liens de colle à voile à haute traçabilité].

Martha et Gustave demeuraient incrédules, leur côté trompe-la-mort. Ils régnaient en maîtres au firmament de leurs utopies partagées. Et d’ailleurs, ils adoraient ça, de régner en maîtres au firmament de leurs utopies partagées ; le ciel ouvert sous lequel ils s’étaient rencontrés. A eux deux, ils formaient une troupe. Soudée, compacte et bien rodée. Corps vaillants face aux averses, contre l'adversité. Ils s'appelaient l'un l'autre (pour rigoler) "mon apogée" en s'épongeant l'un l'autre sous le soleil cru des cannibales canicules en écoutant « Riders on the storm » des Doors.

Y'avait de ça, en effet.

[Et qu’il n’était pas totalement impossible d’imaginer –qu’en cas de °risque°, Hiphulbe puisse faire de son désir la maîtrise, et de lui-même, d’une liberté sensuelle aussi radieuse qu’un chef-d’oeuvre. Une force de vie vécue sans se trahir, sans forcément encoller les cordes de glu tapissière dès l’entrée sous motif culturel].

Leur fils a grandi. Et son zizi avec lui. Malgré les haut-parleurs des porte-malheurs, tout s’est, ma foi, bien passé pour Hiphulbe. Il n’a pas souffert de traumatisme particulier, ni d'avoir été l'enfant de Martha et de Gustave, ni d’être né comme ça. Bien qu'il soit plutôt heureux, bien dans sa peau, force est d'avouer quand même que le bonheur lui va bien.

Et même pas mal du tout.

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