Erzavkabum

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Allegra

Publié par Katia Jaeger sur 20 Juin 2016, 10:45am

Allegra de Philippe Rahmy–Wolff, 2016
Extraits

On attend, on fait cercle. Désormais, ce sont des soupirs à blanc, un long souffle clair, puis une plainte à fendre l’âme, comme le gémissement d’un petit enfant. Silence. Vent. Le cerf s’abandonne. Les chiens se jettent, la mâchoire béante, et les hommes avec eux, le poignard levé. Avec d’autres enfants, je suis désormais assis à califourchon sur le cerf encore chaud. Ses bois sont accrochés dans les taillis, sa tête relevée. On prend une première photo. D’autres seront prises le lendemain, après avoir sorti le gibier de la chambre froide. À l’instant du flash, la forêt se dresse, puis retombe. Un instant, le souvenir me restitue ses couleurs, la plaie au flanc de cet animal. Au centre, la chair encore vivante saignait. Je me souviens aussi m’être dit que j’aurais un jour à rendre compte de cette mort.

(...)

Les berbères Chaouis les appellent les « âmes des enfants morts » à cause de leur pâleur. On dit aussi que celui qui tente de percer le secret de cette couleur, devient aveugle et fou, comme les soufis du djebel Chélia, qui dansent face au soleil, les yeux grands ouverts.

Le dessous des ailes de ce papillon royal est grisâtre, quant à sa tête rectangulaire, aplatie sur le devant, elle ressemble à celle de la chauve-souris, sa pire ennemie. À force de se désirer et de se fuir, ces deux créatures ont développé un mimétisme sensoriel. La Belle Dame des Aurès est dépourvue de sonar, mais ses antennes, d’une acuité formidable, peuvent localiser un danger ou un partenaire à plusieurs dizaines de kilomètres. Rapportée à une proportion d’éléphant, cette sensibilité est telle, qu’elle permettrait à un pachyderme de la savane africaine, d’en renifler un autre sur la lune.

Ph.R–W – Allegra

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