Erzavkabum

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Titan

Publié par Katia Jaeger sur 2 Juin 2016, 07:29am

Déjà publié le 11 janvier 2016 – Les oeuvres et collection de J.M.Drot vont être vendues aux enchères de Cornette de Saint-Cyr dans quelques jours. Une page se tourne. Comme définitivement dans la disparition de ces hommes et de ces femmes passionnés et audacieux qui ont tant aimé le XXe siècle. La relève n'a pas eu lieu.

Y. Panderies. Terrasse de Thera. Santorini.

Y. Panderies. Terrasse de Thera. Santorini.

Il était aussi le père d'un ami. Il le reste, au demaurant, même si la mort vient trop vite, même au bord des cent ans. Et même lentement d'improviste, et même pour les géants. La mort existe, même dans le berceau d'automne d'un neuvième mois. Jean-Marie Drot est parti en septembre. Le 23. Je n'arrive pas à terminer les mots. Je veux prendre le soin du temps. Prendre le temps pour–

C'était il y a très longtemps. Un jour de soleil, dans sa maison-verrière de Chatou. Un jour heureux parmi les plantes et les tableaux. Les deux océans qui lui servaient d'yeux m'ont frappée, m'ont souri. Ses yeux buvaient le monde, tous les mondes. Sa voix, son allure, ses bras d'une paternité inaccessible. Sa délicatesse, lui si immense et moi excusément fragile.

Son antre de France, l'autre des Cyclades avaient tous deux le rire heureux. Des couleurs, des formes, des tableaux, des sculptures, des montagnes de livres. Et l'ouverture, la lumière partout. Il n'aimait pas que la culture des cultures sente le renfermé. Les dieux libres vivent sans entraves. La beauté sensuelle pour rythme, la passion solaire pour guide. Aucune de ses paroles ne doutait de cette passion, embrasée et incendiaire. Ce Titan était tout d'elle.

Ici, un repaire d'érudit gourmand, un musée en terre d'Homère là-bas, au bout du bout d'un bout du monde précisément magnifique. Cru de blanc, de bleu, de cheveux de crins fous, d'herbes marines et de soleil amoureux. Sauvage à souhait, exaucé. Sauvage et sublime. Des odeurs insensées où personne ne dérange de s'y être égaré.

La mer, son continent, Jean-Marie ressemblait à ces îles, Ios, Haïti. Il ressemblait à la peinture de ces tableaux d'art naïf qu'il aimait tant. Il était le voyage permanent. Il est parmi ces êtres qui m'ont fortement impressionnée. C'est très impressionnant, l'intelligence. Et j'ai eu cette chance.

Il aimait les autres, s'intéressait, encourageait, ouvrait, oeuvrait. Il aimait la vie au point de la mordre, jusqu'à la susciter.

Je ne peux pas le faire mourir.

Le temps pour écrire. Avant avril–Son fils, quelques jours ici, avec nous. Une escale, entre le Nouveau-Monde et les silences de l'île. Parenthèse de nos parentés temporelles avec l'ami qui aura soixante ans en avril.

Ecrire, non pas un hommage, un éloge. D'autres l'ont fait et l'ont bien fait.

Ecrire peut-être un fil de vie.

Avant avril.

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