Etzivakibarum

mes histoires vraies

8 Janvier 2016, 13:50pm

Publié par Katia Jaeger

J'emprunte toujours le même parcours, les mêmes empreintes en chemin. Je l'ai préalablement défini, de sorte que les trois longueurs soient égales. 800 mètres chacune. Il fait nuit la plupart du temps quand je me rends à l'autre bout de la ville. Mes repères démultipliés sous le dictat de mes sens. Je sais que je suis au milieu du trajet par la rôde d'une ronde olfactive, à cet endroit précis, l'odeur du poisson pané. D'ici, j'avance plus vite. Cette dernière portion est plate, comme venue d'un autre pays. Droite et alignée. Discrètement ponctuée de lumières, lesquelles discrètement ailées de tamis, lesquels baillent, parfois, d'une épaisse fatigue. Une avenue distraitement peu encombrée. C'est ici que j'arbitre intérieurement tous mes passages à vide. Terre propice. Ce sont des lignes, que des lignes, à l'enfin du parcours. Qui aiment leur silence, vertical et longiligne, que vient pourtant rire un train aérien intrépide. Faire Samba toutes les guenilles de ce cagoin urbain qui roupille, tranquille.

J'ai aperçu hier soir le funérarium d'où s'émane l'odeur du poisson pané. Un hall immense, profond, vide, baigné de lumière épouvantablement crue. Deux gens dedans, comme momifiés. Une longue perspective où les chaises et les tables se perdent à néant. L'horreur de voir trop grand. Cent places, peut-être. Vides. Et immobiles, deux gens. Dedans, chacun. Un restaurant chinois. Obstinément blanc. Extérieur nuit, aux abords, ces grasses senteurs font barrage comme un énorme bonhomme Michelin d'une conciergerie imaginaire qui semble dire "passez votre chemin et bien le bonjour".

Surtout la nuit.

Manhattan. Août 2015.

Manhattan. Août 2015.