Etzivakibarum

mon chien

7 Décembre 2015, 07:12am

Publié par Katia Jaeger

Quand je regarde mon chien, ce génie, il m'arrive de vouloir m'excuser.

J'ai peur de ce mur qui nous vient en pleine poire depuis trente ans. Le choc, disent-ils depuis hier soir, à mesure des résultats de vote des élections Régionales. Ce fascisme récurrent. C'est effrayant qu'ils ne l'aient pas deviné.

Les partis politiques poursuivent ce matin leurs pantomimes, égoïsmes nationaux et nombrilistes prétentieux, se racontent la messe des récents traumatismes. Ils ont, ces mêmes, précisément saccagé les respects institutionnels, les réciprocités, les libertés humaines depuis leurs appareils, leur système rentable de rentiers, jusqu'à la rupture. Ces baltringues s'en prennent aux électeurs, aux abstentionnistes. Ils osent même exprimer leur préférence d'alliance ou de refus pour le second tour, comme s'ils étaient mandataires de conscience et légitimes à commander un moindre vote citoyen. Comme si leur préférence comptait. Qu'ils en étaient capables, de compter. Chacun de ces partis ne représente plus que ses seuls intérêts.

Même ce matin, ils ne comprennent toujours rien.

Qu'il soit extrême, ce vote du premier tour est celui d'un désir de rupture. Par ce suffrage exprimé, c'est un naufrage libéré.  Comprendre tout ce qui a échoué, qu'il faille un mur pour aller au bout du délire. Au bout du bout du bout. C'était prévisible. Cette rétro-nostalgie caricaturale révèle là où notre société en est restée. Ce choc va peut-être permettre de solder les comptes, les archaïsmes, solder les empires assassins à commencer par les mondes obscurs qu'elle représente le mieux, elle : en clair.

Ce monde dont elle parle est celui qu'on a laissé faire.

Ce vote ressemble à cette France délétère, à ses arriérés historiques, qui reviennent sans cesse, à intervalles réguliers. Parce que ce vote est aussi la plus pure expression des rancunes, des préjugés. Un historique.

Quand l'essentiel est nié, revenir à la négation-même.

Il faut alors en arriver là. Par le corps du choc. Quelque chose de réel pour réécrire correctement les choses / que tous puissent comprendre et appréhender, pour la naissance d'un début, une sorte de démocratie, pour la répartition des libertés fondamentales, un meilleur partage de l'incorruptible. Une citoyenneté incessante et incessible, organisée par des résistances enfin possibles contre un pays ouvertement fasciste. Prendre désormais toute la place, par le prétexte des murs qui veulent enfermer. C'est peut-être par ce chaos, une aubaine. Le début de quelque chose d'inédit. A venir.

Je l'espère. Par toute la force de l'Entropie.

Alors je regarde mon chien, ce grand génie. Tant d'amour dans le fond de ses pupilles quand il remue la queue.

André Malraux demandait un jour au Général de Gaulle ce qui l'avait le plus frappé en traversant Paris lors de la Libération. Le mensonge, avait-il répondu. Le mensonge.

Jack

Jack