Erzavkabum

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Echiquier

Publié par Katia Jaeger sur 20 Novembre 2015, 09:17am

Si ces jours sont consternés, assommés par les carnages perpétrés, ils le sont aussi par l’égocentrisme, non plus individuel cette fois, mais national. Donc, si l’on en croit les différents rapporteurs, la France ne se sentait pas visée. Presque pas du tout. Sans doute au-dessus de "tout ça". A tel point même qu’elle ne pratiquait pas de curiosité à l’endroit des techniques et technologies para-militaires de ces miliciens de l’extrême. Presque pas. Ni sur le sol, ni dans la tête, ni dans les livres, les algorithmes, les cartographies, les alphabets. Pas du Tout. On analyse les plans, les faits, les gestes des actes commis, à tâtons, en temps réel, par les simples perceptions que nous avons de nous-mêmes et par les croyances limitées que nous avons des "autres". Des millions d’individus, des millions de cultures, tout comme des millions de beautés et des milliers d'ordures ne ressemblent pas à ce que nous pensons être et (s)avoir de nous-mêmes. On ne voit donc le monde qu’à notre façon sur l'échelle-même d’un Etat.

 « On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres ». Oui ! nous sommes les autres d’autres, tout un chacun est l’autre d’un autre. Ca arrive aux autres puisque ça arrive à tous.

J'ai peu confiance en notre espèce contemporaine, homomasturbatus, mystère parlant, envahissant, colonisant de son Ego, sans voir plus loin que le bout de son nez, à se raconter l’histoire par force et vanité, l’Histoire par ellipses et préjugés. L'Homme est tout mignon, mais pas amical. Suffisant, se détermine Extraordinaire parce qu’il pense, agit, crée, aime, sauve et rit, alors qu’il serait extraordinaire qu’il ne sache penser, agir, créer, aimer, sauver, rire, après son long et pénible périple de motivations à la survie de son espèce. Ce n'est pas un génie spontané. Nous sommes tous faits de doutes, nous sommes tous des ignorants. Ca devrait nous tendre vers des "meilleurs".

Je refuse de comprendre ce que j’entends et ce que je vois. Ces attentats ont blessé tout le monde, chacun réagit comme il peut, comme il est. Je crains que le plus dur reste à venir. Nous ne sommes à l’abri de rien, nous ne sommes pas non plus à l’abri de cette pensée unique, clanique, serrée à Soi qui n’a pas de force de résistance, fragile en dehors de son nombril. Il y a le fait extérieur qui terrorise et l’état intérieur qui sidère. Espérons que ce que rapportent les rapporteurs, les officiers, les officiels, la kyrielle sempiternelle d’experts, ces démonstrations de l’étendue de nos naïvetés supposées, s’emploient à notre caricature pour une massive diversion. Qu’ils prévoient trois quatre coups à l’avance.

Que tout ça n’est qu'un "jeu". Une anticipation.

La terreur est toujours le premier temps de la capture ; à la source de tout esclavage.

Le terrorisme est l’installation, par un pouvoir politique ou par un groupe de pression, d’une sensation permanente de terreur — et toujours pour transformer des vivants autonomes en captifs. Il est faux de prétendre que la violence s’oppose à la politique ; elle est parfois, on le sait, délibérément mise à son service.

Tobie Nathan

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