Erzavkabum

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Qui est-on quand on n'a pas "tout ça" à raconter ?

Publié le 4 Juillet 2015, 11:52am

(...) L’écriture est finie. Ca veut dire que, dès qu’il y a inscription, il y a nécessairement sélection, par conséquent effacement, censure, exclusion. Quoi que je dise ici et maintenant de l’écriture, de ce thème de l’écriture qui m’a occupé toute ma vie, depuis que j’écris, ce sera sélectif, fini, et par conséquent autant marqué par l’exclusion, par le silence, par le non-dit, que par ce que je dirai. (...)

(...) J’ai toujours été interessé par la perte de l’identité. Dans "Circonfession (1989)", ou "Le monolinguisme de l’autre (1996)", j’ai parlé d’une autobiographie impossible, parce que l’autobiographie au sens classique du terme implique au moins que le "je" sais qui il est, s’identifie avant d’écrire, ou suppose une certaine identité. La possibilité de dire "je", au moins dans une certiane langue, est liée à la possibilité d’écrire "en général". Il y a des évènements qui consistent à dire "je", dire "moi", mais ça ne veut pas dire que le "moi" comme tel existe, soit jamais perçu comme présent, là. Qui a jamais rencontré un "moi", pas moi. Le fantasme identitaire naît de cette inexistence du "moi". Si le "moi" existait on ne le chercherait pas, on ne l’écrirait pas. Si on écrit des autobiographies, c’est qu’on est mu par le fantasme de cette rencontre d’un "moi" qui enfin serait ce qu’il est. (...)

Jacques Derrida

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