Lundi 14 janvier 2008
Autre part
Extérieur (encore) nuit (toujours)
Extérieur (encore) nuit (toujours)
Adrar se réveille, fourbu, perdu, fiévreux sur le trottoir d’une immense avenue dévastée, glaciale. Abandonné.
Il ne se souvient pas, ne sait plus pourquoi il est là, de l’autre côté.
Il portait au corps la danse du métronome entre le chagrin et la colère, le désert, la couleur, un jardin à refaire, il y a un instant à peine. Et, le voilà à présent en ces lieux qu’il ne reconnaît pas, habité de sentiments qui ne sont pas les siens.
Adrar voit de ses yeux.
Le bout de ses doigts est crevé à l’aveugle par le froid.
Se redresser.
Le soleil n’est plus, derrière les épais voiles de poussières, dans ce désert de cendres.
Il se ressaisit, penser pour ne pas s’éteindre.
Revenir au début, au commencement. Reprendre le fil, pour se réchauffer.
Un signe au sol indique d’une croix « Vous êtes ici ».
« Ici ?
De quel endroit je viens ? Je me rappelle du désert, mon frère, du chant de notre mère...
Tout ceci n’était donc qu’un rêve ? »
Le vent s’engouffre dans l’avenue désertée, balayant les détritus en directions azimutées.
- Personne, Ici, ne sait d’où il vient, lui confie le vent.
Immigré de quelque part, émigré de quelque chose. Sans savoir qui provoque l’un, qui suscite l’autre.
Seuls l’illusion d’une quête, d’une compensation, le besoin d’être consolé.
L’existence est une migration continuelle.
- Je suis Adrar... Mais j’étais qui ?
Déjà le vent a disparu.
Il marche des heures, craignant de tourner en rond, tant le décor se réplique à l’infini, se succède à lui-même d’une même allure dantesque.
Il décide de tourner vers la gauche d’un passage.
Il se sent mieux dans l’étreinte du boyau des dépouilles végétales, de vestiges urbains et de mémoires calcinées. La proximité du désordre lui renvoie un bref écho rassurant ; qu’il est vivant.
Il s’arrête soudain : l’odeur d’une chair cuite et des murmures au loin.
Marcher en direction de la vie.
Vers l’instinct.
(à suivre)
La Parole du Vent, Katia Jaeger, décembre 2007, « Collectif Blessés pour Contes »
La Parole du Vent, Katia Jaeger, décembre 2007, « Collectif Blessés pour Contes »
# 8
Photographie: Marie Allain
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